« Ceci est un message d'information du ministère délégué à l'Industrie. Vous venez de tenter de télécharger un fichier musical protégé. Ce faisant, vous faites courir des dangers non seulement aux artistes et à l'industrie musicale, mais aussi à vous-même : vous pouvez facilement être identifié et poursuivi devant la justice par les ayants droit ; vous risquez aussi d'attraper un virus informatique. Pour profiter de la musique en toute liberté, il existe des solutions de téléchargement légales et sans risque. Alors pourquoi continuez-vous à vous exposer ? »
Si vous êtes un habitué du peer-to-peer, il y a des chances que vous téléchargiez sans le savoir ce message dans les jours qui viennent. Dans le cadre de la collaboration, consacrée en juillet dernier par une charte , entre l'industrie du disque et les fournisseurs d'accès à Internet pour lutter contre le piratage de musique, 100 000 fichiers dits « fichiers émissaires », ont été envoyés sur les réseaux peer-to-peer eDonkey, eMule et Kazaa.
Il s'agit ni plus ni moins de leurres. Les premières secondes sont bien celles d'un morceau (dont l'utilisation est « dûment autorisée par les artistes interprètes de cette oeuvre » , précise le ministre délégué à l'Industrie, Patrick Devedjian) et le fichier est identifié comme tel sur le réseau. Mais la suite est occupée par le message du ministère, lu par l'animateur Ariel Wizman.
Cette nouvelle opération de sensibilisation, présentée au ministère mardi 21 décembre en présence de la plupart des parties prenantes (FAI, industrie du disque, distributeurs et partenaires techniques), va durer deux mois.
C'est la première fois que les pouvoirs publics s'engagent à ce point dans la lutte contre le téléchargement illégal et décident de promouvoir officiellement les boutiques en ligne légales.
Cette campagne remplit au passage un autre objectif : « Augmenter le nombre de réponses qui ne correspondent pas aux requêtes des utilisateurs » , explique Gregory Cohen, président de la société Icon Media, le prestataire technique de l'opération. Un moyen de réduire l'un des principaux intérêts des réseaux peer-to-peer, après la gratuité : la facilité et la rapidité d'accès aux contenus.
Pour Patrick Devedjian, il s'agit d' « un appel à la raison » . Pour Marie-Christine Levet, présidente de Club Internet et de l'Association des fournisseurs d'accès à Internet, d' « une initiative pragmatique et courageuse » . Du côté des maisons de disques, Hervé Benamou, président du label indépendant Heben Music, a annoncé un accord avec Icon Media pour l'utilisation de l'ensemble du catalogue du label dans cette campagne. Depuis l'été dernier, Heben Music testait cette technique de sensibilisation.
« On est loin du tout répressif et il ne faut pas qu'on tombe là-dedans », a ajouté Hervé Rony, directeur général du Syndicat national de l'édition phonographique (Snep), signalant que, dans un même ordre d'idée, les récentes résiliations d'abonnements à Internet n'était qu'un moindre mal pour les internautes concernés. Une manière de relativiser les poursuites judiciaires annoncées au début du mois d'octobre.
Cette campagne a d'ailleurs été l'occasion, pour le ministre, de noter le bilan « particulièrement mitigé » de la stratégie judiciaire mise en place oeuvre aux Etats-Unis. Contrairement aux affirmations habituelles des majors... Ainsi « malgré plus d'une année de procès médiatisés, l'utilisation des réseaux peer-to-peer n'a pas reculé. Par ailleurs, les chiffres officiels de l'industrie du disque montrent que peer-to-peer et ventes de disques peuvent progresser parallèlement. »
Derrière l'unanimité de circonstance, plusieurs clivages sont apparus. Le problème de l'exhaustivité des titres sur les boutiques légales, tout d'abord. Parmi les meilleures ventes actuelles dans les magasins Fnac, les derniers albums de Claude Nougaro ( La Note bleue ) et de Zazie ( Rodéo ) sont introuvables en téléchargement légal.
La Fnac et Virgin ont également profité de leur présence pour rappeler les problèmes d'incompatibilité de DRM, empêchant les fichiers légaux d'être lus sur n'importe quel baladeur numérique. « C'est le seul point parmi tous ces dossiers où rien n'avance », a confirmé Marie-Christine Levet. Il fait pourtant partie des engagements listés par la charte. Le ministère a commandé une étude sur le sujet il y a trois mois. La présentation des résultats a été repoussée. Ils seront dévoilés, a priori, en janvier.